[ Vox populi vox Dei ]

2009-11-16

JEAN MAURIAC,... UNE PASSION GAULLISTE


Le général de Gaulle n'aimait pas la presse et moins encore les journalistes. S'il lisait néanmoins assidûment la première, il faisait tout pour éviter les seconds.
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A cela, une exception unique, spectaculaire, fascinante, celle de Jean Mauriac, fils cadet du prix Nobel de littérature, qui eut le privilège singulier de suivre pour l'AFP pendant vingt-six ans le plus illustre des Français, d'août 1944 à sa mort, en novembre 1970.
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Suivre, c'est d'ailleurs trop peu dire tant Jean Mauriac a su, au fil des années, s'inscrire dans le paysage immédiat du Général, comme une ombre attentive et bienvenue, comme un reflet scrupuleux et cependant passionnément admiratif.
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Parce que Jean Mauriac était le fils de son célèbre père (dont il parle avec une justesse constante et une mélancolie éblouie), parce que, comme lui, ses sentiments gaullistes éclataient, il n'a cessé de bénéficier d'un accès sans pareil et de sources granitiques que ses dépêches transformaient en titres éclatants à la une des journaux.
.D'où la richesse prodigieuse de ses souvenirs, publiés sous la forme de conversations avec Jean-Luc Barré dans un volume qui s'intitule « Le Général et le journaliste » (1). Jean Mauriac a beau faire preuve d'une insistante humilité caustique, la qualité littéraire de ses pages et sa finesse d'observation s'imposent.
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Quant aux éclairages politiques, ils fourmillent et, souvent, scintillent. Dans le sillage du Général, Jean Mauriac a tout vu, tout su, tout compris, sinon tout révélé sur-le-champ. Qu'il s'agisse de la foule pétrifiée d'émotion dans les ruines de la ville de Caen, de la naissance du RPF (François Mauriac est allergique; Jean Mauriac, enthousiaste) ou plus tard des fameux voyages présidentiels au Mexique ou au Québec, Jean Mauriac est toujours là, à l'affût.
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Les morceaux de bravoure portent cependant sur la dislocation de l'empire et la fin de l'Algérie française, que l'envoyé de l'AFP vit au premier rang, bénéficiant d'étonnantes confidences du Général, partageant ses périls et ses espérances. Il est encore, pour la dernière fois, le seul journaliste admis à la Boisserie puis dans la nef de la petite église de Colombey après la mort de son héros.
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Qu'il contemple celui-ci en majesté ou qu'il partage sa vie quotidienne, qu'il vibre en écoutant l'orateur, que le stratège l'émerveille ou qu'il le croise en pyjama, ses sentiments forment un bloc admiratif et vigilant. Il va de soi qu'une telle relation entre le souverain et le journaliste constitue une exception aussi impressionnante que contre nature.
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Les confrères de Jean Mauriac, ses rivaux malheureux guettaient ses dépêches et maudissaient leur auteur. Même s'il servait scrupuleusement la vérité, Mauriac bénéficiait d'un statut inégalable et aberrant. Sa proximité devenait une fontaine d'informations, son monopole provoquerait aujourd'hui une jacquerie.
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Il n'y a pas d'autres exemples français d'une telle relation entre un président et un journaliste. Avec de Gaulle, tout était certes exceptionnel et différent.
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Depuis de Gaulle, une telle identification serait regardée comme une transgression folle, une passion interdite.
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In: Le Point
Photos: Net


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